Rôle de l’or dans l’économie traditionnelle

L'or est entré il y a fort longtemps dans les circuits de l'économie africaine et c'est la quête de ce métal précieux qui détermina, au moins en partie, les Arabes puis les Européens à s'intéresser à l'Afrique. Ne dit-on pas que Kankan Moussa, empereur du Mali au XIV° siècle, provoqua une terrible inflation en inondant le marché du Caire de dix à douze tonnes d'or.

La « civilisation de l’or » à partir du Ghana

La Côte de l’Or (le Ghana actuel) développa une « civilisation de l’or » qui déborda sur la Côte d’Ivoire actuelle à la faveur des migrations de diverses factions du royaume ashanti. L’or y servait à certaines transactions commerciales, mais il fut aussi au service de l’idéaologie des pouvoirs en place. Seules les familles nobles pouvaient le posséder et le faire travailler par des fondeurs.

La symbolique des pesons : les poids Akan à peser la poudre d’or

Des peuples du groupe akan créèrent un système de pesage original de poids. Au-delà de leur fonction monétaire, les poids transmettent des valeurs de la culture Akan. Ils n’ont pas seulement une fonction pondérale. Que leurs motifs ornementaux soient abstraits ou figuratifs, ils sont porteurs de sens.

Les poids géométriques, les plus utilisés, représentent des principes universels ; ils sont symboles du pouvoir, de la force spirituelle et de la fécondité. Symbole récurrent, la spirale suggère la conception et la fertilité. Les formes ondulées, le trident…évoquent le flux vital, la source de vie. La svastika symbolise la dualité des éléments du monde : mort/vie, bien/mal, mâle/femelle… Elle incarne la force spirituelle ; représentant la rotation des astres du système solaire et de la création humaine, elle est appelée « main de singe », en lien avec la force qu’elle signifie. Symbole le plus sacré et le plus vénéré chez les Ashanti, les Baoulé, les Agni, ce signe n’est pas reproduit sur leurs objets de culte. Les poids en forme de pyramide sont des symboles de royauté ; les degrés de chaque pyramide exprimeraient le nombre de clans du royaume.

Les poids figuratifs, illustrant la vie quotidienne, permettent de guider les plus jeunes dans leur apprentissage et dans la découverte des réalités sociales. Les Akan racontent que leurs figurines sont des « pierres-proverbes » ; elles gardent en leur sein des préceptes de vie, réceptacles de récits datant de la création, mémoire collective d’événements fondateurs gravés dans le métal. Ainsi des oiseaux perchés ensemble illustrent le proverbe : « Oiseaux de même plumage s’assemblent », évocation de la solidarité tribale et familiale; c’était d’ailleurs un des emblèmes de la nation ashanti. Réels messagers d’une culture vivante, les poids Akan parlent par proverbes et se jouent de la diversité des interprétations. Les signes sont disposés sans ordre apparent, c’est à l’usager de les coordonner pour en comprendre le message.

L’interprétation des poids est ainsi fonction du statut social, de l’histoire personnelle de l’expéditeur et du destinataire, et enfin, du contexte.

A chaque poids son symbole et son proverbe.
Le propriétaire d’une série de ces poids possédait donc non seulement des objets fonctionnels, mais il disposait en quelque sorte d’une « bibliothèque » permettant de mémoriser un savoir quasi encyclopédique. Moulés selon le procédé de la cire perdue, les poids akan à peser l’or étaient étalonnés au moyen d’une petite graine de l’Abrus precatorius, ou parfois avec des grains de riz non décortiqués.

Source: missions-africaines.net