Le département de M’Bahiakro

PRESENTATION

Le département de M’Bahiakro est situé à 400 km d’Abidjan et à 200 km de Yamoussoukro. Il fait partie de la région de l’Iffou et du District des Lacs, situé au centre de la Côte d’Ivoire.

Suivant le recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de 1998, le département compte une population de 53 802 habitants dont 38 741 résident dans la sous-préfecture de M’Bahiakro et 13 061 dans la sous-préfecture de Bonguéra pour une densité estimée à 20 habitants au Km2.

Poste militaire en 1904, poste administratif en 1947, chef-lieu de sous-préfecture en 1961 et de commune en 1985, le département de M’Bahiakro a été créé par la loi n°85-1086 du 17 octobre 1985 par scission de celui de Bouaké.

A sa mise en fonctionnement le 03 décembre 1986, le département de M’Bahiakro englobait les sous-préfectures de Prikro et de Koffi-Amonkro qui forment depuis 2007, le département de Prikro. De cette scission, résultent les limites actuelles de la circonscription.

Le département est limité au Nord par le département de Dabakala, à l’Est, Prikro et Daoukro et à l’Ouest, Bouaké et au Sud, Bocanda.

L’administration est représentée dans le département, outre la Préfecture par les sous-préfectures de M’Bahiakro, Kondossou et Bonguéra. C’est le lieu de préciser que la sous-préfecture de Kondossou n’est pas encore pourvue. De même, il existe une section de première instance et une maison d’arrêt et de correction.

La quasi-totalité des directions départementales sont également représentées à M’Bahiakro, notamment la trésorerie, la brigade de gendarmerie, le cantonnement des Eaux et forêts, la direction départementale de l’agriculture, etc.

CARACTERISTIQUES PHYSIQUES

Le relief du département de M’Bahiakro est peu accidenté. On y trouve des plateaux au sol argileux, granitique, sableux par endroit et de petites collines.

Le N’Zi, seul fleuve important arrose ce relief. Il est aidé dans sa tâche par de petits cours d’eau, tel que le M’Bé et la Soungourou qui traversent le département du Nord au Sud.

La végétation du département se caractérise par la présence de la savane arborée au Nord et à l’Ouest et l’existence de forêt au Sud et à l’Est.

Le climat du département de M’Bahiakro est un climat tropical de type « baouléen » à sécheresse très marquée avec l’Harmattan. Il se caractérise par son instabilité, se subdivise en quatre saisons dont :

– une grande saison sèche, de novembre à février
– une grande saison de pluie, de mars à juin
– une petite saison sèche, de juillet à août
– une petite saison de pluie, de septembre à octobre.

La pluviométrie quant à elle, se réduit d’année en année. La moyenne des pluies observées en 2012 et en 2013 est notamment de 1096,6 mm pour 74 jours de pluies en 2012 et de 881,4 mm pour 74 jours de pluies en 2013.

CARACTERISTIQUES SOCIOLOGIQUES

La population du département est de diverses origines. Les Baoulé Sondo et les Agni Abbey sont issus de la même origine, le groupe Akan. S’agissant du groupe N’Guin, son origine n’est pas connu. Il serait le premier groupe occupant du territoire actuel du département de M’Bahiakro.

La langue N’Guin s’apparente au parlé Yacouba et Gouro. A côté des Baoulé et des N’Guin, d’importants groupes de ressortissants des pays de la CEDEAO et des communautés ivoiriennes venant des autres régions de la Côte d’Ivoire.

La caractéristique de cette population est qu’elle décroit au fil des ans pour diverses raisons. On relève notamment les conditions climatiques très rudes qui provoquent un exode interrompu vers les zones forestières de l’Ouest ou vers les grands centres urbains, comme Abidjan et Bouaké en ce qui concerne surtout la jeunesse déscolarisée.

Le mode de gestion sociale pratiqué par les peuples Baoulé, Abbey et Sondo majoritaires est marqué par le matriarcat avec des chefferies coutumières tournant autour des chefs de tribus, (cas des N’Guin de la sous-préfecture de Banguéra) et cantons (cas des Baoulé, Sondo, Agni et Abbey).

Ces peuples sont des agriculteurs sédentaires, toutefois leurs activités agricoles sont tributaires des aléas climatiques.

Cette situation défavorable les contraint parfois aux déplacements à travers le phénomène des six (06) mois au cours desquels ces populations sont employées comme manœuvres dans les plantations du Sud du pays pour gagner de quoi survenir aux besoins de leurs familles restées dans le département.

Au niveau religieux, trois grandes croyances dominent la vie spirituelle des populations du département de M’Bahiakro : les cultes traditionnels dits animistes, l’islam et le christianisme.

CARACTERISTIQUES ECONOMIQUES

Le département de M’Bahiakro compte un certain nombre d’infrastructures qui ont permis de développer plusieurs activités économiques :

Les infrastructures économiques : les routes et les voiries

Le département de M’Bahiakro compte à peu près 1 500 km de routes et de voiries dont 60 km vers Daoukro et 80 km vers Bouaké. Tout le reste des routes internes au département sont non bitumées et difficilement praticables à saison.

La commune de M’Bahiakro compte environ moins de 3 Km de bitume et possède un aérodrome et une piste de 2 000 m équipée de balises. Cet aérodrome n’est plus entretenu et se trouve envahi par les hautes herbes.

Les autres infrastructures : les infrastructures scolaires

Le département compte trois établissements secondaires situés au chef-lieu du département, une soixantaine d’écoles primaires réparties à travers les sous-préfectures du département et quatre établissements préscolaires.

Les écoles, qu’elles soient primaires et secondaires sont en sureffectifs chroniques et souffrent d’un manque de matériels (tables-bancs et matériels pédagogiques), d’enseignants et locaux. Pas moins de 161 postes d’enseignement primaire.

Les infrastructures sanitaires

Au niveau de la santé, le département compte un hôpital général disposant de cinq médecins, d’un centre de santé urbain à Banguéra, de quelques centres de santé ruraux à travers les sous-préfectures, d’une officine publique de pharmacie et d’une pharmacie privée. Il faut noter l’existence d’une morgue gérée par IVOSEP à M’Bahiakro. La couverture s’améliore mais les populations fréquentent peu les hôpitaux publics faute de ressources financières, disent-elles.

Hydraulique villageoise et adduction en eau potable

Un château d’eau installé à M’Bahiakro assure l’adduction en eau potable de la ville. Les localités comme Dangou, Kouassikro ou N’Diorékro ont bénéficié de l’hydraulique villageoise améliorée dans le cadre du projet ONDR dans le voisinage de ces villages. Le reste du département compte des pompes villageoises à motricité humaine dont la fréquence des pannes et le manque d’entretien ne les rendent pas fonctionnelles.

Couverture électrique et électrification

Seuls 16 villages sur les 78 du département sont électrifiés. Faute d’entretien, l’éclairage public est défaillant dans plusieurs quartiers de la ville de M’Bahiakro. Les projets de lotissement des villages n’ont pas abouti de sorte que l’éclairage de ces localité reste à réaliser.

Les infrastructures culturelles

Le département dispose de nombreux lieux de cultes consacrés principalement à l’islam et au christianisme. Il s’agit d’Eglises, Temples et Mosquées qui sont des édifices de constructions assez impressionnantes.

La ville de M’Bahiakro dispose d’un centre culturel et d’une radio communale rayonnant sur une vingtaine de kilomètres. De nombreux gros villages disposent de foyers de jeunes servant de centres culturels pour les concertations, des formations et des divertissements de la jeunesse.

De multiples associations de jeunesse ou de femmes existent tant à M’Bahiakro que les villages des différentes sous-préfectures.

Les infrastructures sportives

La ville de M’Bahiakro dispose d’un espace dédié au sport qui est insuffisamment mis en valeur et de terrains de sports collectifs (football, handball, volleyball, etc). Au niveau du lycée moderne et des deux établissements secondaires privés de la ville, les rencontres sportives sont sporadiques et ne font pas l’objet d’une programmation sur l’année de sorte que le sport est un peu pratiqué et développé dans le département.

Activités économiques

Les activités économiques du département de M’Bahiakro sont centrées autour de l’agriculture, de l’élevage, de l’artisanat, de l’exploitation forestière, du commerce, du transport, de l’industrie et du tourisme.

L’agriculture

Le secteur agricole occupe environ 90% de la population et représente la principale source de revenus des habitants du département. La production agricole porte sur les cultures pérennes (café, cacao, hévéa, anacarde) et les cultures vivrières (igname, riz, maïs, arachide, etc).

La production animale et les ressources halieutiques

Au niveau de la pêche, l’on note une petite activité menée sur le fleuve N’zi, l’élevage des bovins et caprins est une activité économique beaucoup plus rentable et viable dans le département du fait d’un pâturage naturel de qualité.

L’Economie forestière

Quatre (04) périmètres et deux (02) permis d’exploitation de charbon de bois constituent le statut économique forestier de département. Malheureusement pendant la crise de 2002-2011, cette activité a connu un fort ralentissement.

L’artisanat

La chambre départementale des métiers signale l’existence d’un demi-millier d’artisans exerçant dans tous les domaines de l’artisanat (bois, froid, habillement et textile etc). L’expertise de ces artisans qui permet de vendre de menus services aux populations (dépannage et création diverses), reste toutefois à perfectionner pour qu’ils puissent s’attirer le marché extérieur au développement.

Le commerce

Le commerce est très peu développé dans le département. Il s’agit surtout de commerce détaillé portant en grande partie sur les produits manufacturés tenus majoritairement par les non ivoiriens. Des activités commerciales dans le département se résument au commerce de distribution des produits de première nécessité.

La ville de M’bahiakro, chef-lieu de département, constitue l’unique place permanente d’importance pour les échanges commerciaux. Il s’y tient un marché hebdomadaire, le mercredi. En milieu rural, c’est à Allangouassou-M’bahiakro, que se tient un marché hebdomadaire très achalandé tous les samedis, avec la présence d’une multitude de commerçants en provenance de Daoukro, de Bouaké et de M’bahiakro.

La production industrielle

Le tissu industriel est très mince. Il se limite à de petites unités de décorticage de riz ou à des moulins implantés dans les chefs-lieux de sous-préfecture ou dans les gros villages.

Depuis juin 2012, la société Olam a ouvert à M’bahiakro, une unité de traitement de noix de cajou. Après le démarrage avec 40 femmes, l’entreprise s’est fixé comme objectif, l’emploi de 200 femmes. La population compte sur la production rizicole du périmètre de 450 ha du projet ONDR pour relancer le tissu industriel de département.

Le transport

Le département de M’bahiakro compte une demi-douzaine de transports gérant principalement la desserte Abidjan-M’bahiakro et quelques camionnettes (KIA) pour les dessertes intérieures des villages en voyageurs et en marchandises. L’état de vieillissement du parc automobile affecté au transport demande des mesures urgentes pour son renouvellement.

Tourisme

Le tourisme est peu développé dans le département de M’bahiakro. Mais les quelques réceptifs hôteliers, maquis et boîtes de nuit constituent un équipement minimum susceptible de prendre en compte les rares touristes de passage.

L’on peut noter que le département dispose parallèlement à M’bahiakro de 31 chambres dont 15 ventilées et 16 climatisées. Il faut noter ensuite qu’il dispose de trois (3) boites de nuit.

Les événements culturels susceptibles d’intéresser les touristiques et même le multiple amateur de culture, sont les événements religieux (Tabaski, Pâques, Lan aye, etc).

LES ACTIONS POUR LE DEVELOPPEMENT DU DEPARTEMENT

Le département de M’bahiakro connait un début de reforestation progressive consécutive à la sécheresse des années 1983-1984 et à l’exode des populations agricoles vers le Nord-Ouest. Ce regain de reforestation a favorisé la réintroduction des cultures du café et du cacao et l’introduction de cultures nouvelles, l’hévéa.

De même, l’existence de projet de l’Office national du développement du riz (ONDR), avec une superficie de près de 500 ha va booster l’autosuffisance en riz du département, favoriser la création de milliers d’emplois. En plus, la moitié Nord du département étant une zone de savane, l’extension des troupeaux et du Chapel animalier actuel pourrait accroitre significativement la richesse locale.

LES PROBLEMES ET LES CONTRAINTES LIES AU DEVELOPPEMENT

Les difficultés des populations qui résident dans le département tournent autour de l’insuffisance de l’accès à l’eau potable et du manque d’électricité dans plusieurs localités. De même, la circulation des biens et des personnes n’est pas aisée, faute d’un réseau routier en bon état.

Par ailleurs, la pauvreté est un refrain continuel des populations qui malgré une agriculture de suffisance les occupant à temps plein, ne parviennent pas à rentabiliser davantage cette occupation.

LES PROJETS PRIORITAIRES

1/ Améliorer la desserte en eau potable de populations à travers la construction des châteaux d’eau dans le département, l’installation de pompes hydrauliques dans les villages et gros campements et la création de retenues d’eau pour l’agriculture.
2/ le bitumage des voies d’accès au chef-lieu du département M’bahiakro et la remise en état des routes et pistes du département.
3/ L’extension du réseau électrique aux villages et quartiers du chef-lieu du département et des différentes sous-préfectures.
4/la construction de nouvelles salles de classes et la réhabilitation des anciennes écoles
5/ la construction de logements sociaux
6/ L’octroi de projet générateur de revenus aux femmes et aux jeunes des villages à travers le don de broyeuses de manioc et de moulin, de motopompe et de matériel agricole.

Le département de M’bahiakro est une circonscription administrative qui est riche de ses potentialités agricoles et forestière mais qui demeure fortement handicapé par l’insuffisance de ses infrastructures économiques et sociales. La mise en place du projet rizicole de l’office national de développement du riz (ONDR) est un signal fort pour son redécollage économique tant au niveau de la commune que des différentes sous-préfectures.

Toutefois, le succès escompté reste subordonné à un appui conséquent de l’Etat, de ses démembrements et des partenaires au développement.

Source AIP