F.H. Boigny raconte la naissance du R.D.A (3ème partie et fin)

Mais je veux que ceux qui se penchent sur l'histoire de notre Mouvement comprennent ceci: le Mouvement était indépendant de toute formation politique française. Nous avions convenu que nous aurions une masse pour soutenir notre action. Et que les élus pourraient choisir tel ou tel parti métropolitain pour plus d'efficacité dans leur action au bénéfice des justes aspirations de nos populations

Malheureusement, les autres ne sont pas venus. Apithy lui-même est venu mais devant les difficultés, il s’était tu.

Ainsi, si je suis devenu président du R.D.A, c’est parce que les autres ne sont pas venus au rendez-vous. Si Lamine Guèye, qui était notre doyen, qui était pour moi un double maître (en ce sens qu’il fut mon maître de mathématiques à l’Ecole normale de Corée et lut aussi choisi par moi pour défendre les intérêts de notre jeune Syndicat agricole africain) était venu, c’est lui que j’aurais recommande, en tant que doyen et en tant que représentant le pays le plus ancien entré au Parlement français, le Sénégal, qui avait trois cents ans de vie commune avec la France, comme il se plaisait à le dire et que son pays était français avant la Corse. Eh bien c’est lui qui aurait conduit les destinées du R.D.A. Malheureusement, j’étais seul et c’est moi qui ai été porté à la tête du R D A. Voilà ce que je tenais à préciser pour vous, vous qui écrivez l’Histoire.

De 1946, création du R.D.A., jusqu’en 1956, date de mon entrée au Gouvernement français (appelé par Cazelles – qui est dans cette salle – envoyé par Guy Mollet pour me chercher afin de venir participer pour la première fois à un Gouvernement français où je suis resté pendant six ans), seuls les pays influences par le R.D.A. avaient subi la repression la plus sauvage.

Vous me demandez d’écrire; si je dois écrire il faut que j’écrive vrai. Nous avons vu beaucoup de nos frères qui parlent de lutte anticolonialiste. Ou étaient-ils? Ils étaient de l’autre côté de la barricade. Ils étaient avec les hommes au pouvoir, les partis au pouvoir. Nous étions seuls à être combattus. Il y en a qui voudraient renvoyer les cadavres des colonialistes pour justifier leur combat inutile et tardif.

Voilà, mes frères, comment nous avons créé ce parti, le R.D.A., et qui a conduit tous les pays africains francophones, à l’exception du Sénégal, du Centrafrique et de la Mauritanie à l’indépendance. Même Djibouti était un membre de notre Mouvement, une section territoriale de notre Mouvement. Le président actuel était un membre de notre direction à Djibouti. Voilà les preuves. Je pourrais aller plus loin dans les détails, mais puisque vous m’invitez à écrire, je vais essayer de le faire. C’est beaucoup plus facile (longs applaudissements).

Ce que je voudrais, au terme de mon allocution, c’est vous exhorter à réaliser ce message de l’Afrique, cet humanisme propre à notre cher continent. Depuis des millénaires l’Afrique porte ce message et vous demande vous les jeunes, de le traduire dans les faits.

Un message empreint de fraternité vraie de solidarité agissante, message qu’elle ne peut malheureusement transmettre en raison de notre condition actuelle, notre condition de peuple en développement.

Mais ce message, vous devez le transmettre. Et le plus tôt serait le mieux.

Je vous remercie

Extraits de la Conférence de Presse du 14 octobre 1985