Le département de Dimbokro

Sa riche histoire, l’AIP en publie un pan, grâce à la disponibilité de personnes ressources locales notamment la directrice régionale de la Culture et de la Francophonie, Mme Guéi Zranssaha, le chef de terre, Nanan Langui Kouadio, et un ex-premier adjoint au maire, M. Laciné Sangaré, affectueusement appelé « La bibliothèque » pour ses nombreuses connaissances sur l’histoire de cette région qui l’a vu naître.

Situation géographique

Chef-lieu de la région du N’Zi et chef-lieu de département, Dimbokro est située au centre de la Côte d’Ivoire, à quelques 80 km au Eud-Est de la capitale politique et administrative, Yamoussoukro ; et à 240 km d’Abidjan, la capitale économique, par voie terrestre. On peut accéder à Dimbokro aussi par voie ferroviaire. Sa superficie est de 161,9 Km2.

Le département de Dimbokro est limité au Nord par la sous-préfecture de Bocanda, au Sud par celle de Tiémélékro, à l’Est par la sous-préfecture de Bongouanou et à l’Ouest par les communes de Toumodi et de Yamoussoukro. Il se trouve dans une sorte de cuvette avec un climat très chaud et sec, d’où sa réputation de ville au soleil radieux. Le relief y est peu accidenté.

Les démembrements du département de Dimbokro

Il compte quatre sous-préfectures, Dimbokro, Nofou, Abigui et Djangokro. La sous-préfecture de Dimbokro a été créée par le décret n° 61-16 du 3 janvier 1961. Sa population, selon le recensement général de la population et de l’habitat de 1998 (RGPH 1998), est estimée à 10 290 habitants répartis dans 26 villages ; 22 du ressort communal et quatre du ressort de la sous-préfecture.

Le décret n° 2008-97 du 5 mars 2008 crée la sous-préfecture de Nofou, officiellement fonctionnelle depuis le 24 avril 2009. Elle compte une population estimée à 6 000 habitants (RGPH 1998) vivant dans 16 villages. Abigui est érigée en sous-préfecture par décret n°2010-230 du 5 août 2010 portant création de cette circonscription administrative, et modification des décrets n° 97-18 du 15 janvier 1997, n° 2005-315 du 6 août 2005, et n°2008-97 du 5 mars 2008. Cette sous-préfecture compte 15 villages hébergeant 6 772 âmes selon les données du RGPH 1998.

Enfin, le décret n°2010-230 du 25 août 2010 porte création de la sous-préfecture de Djangokro. Cette sous-préfecture qui n’a pas encore reçu son premier sous-préfet faute d’infrastructures (bureau et logement de l’administrateur civil et autres commodités), compte 17 villages. Elle est habitée par 8 562 âmes selon le RGPH de 1998. Djangokro, grâce au conseil général, a un collège moderne à base quatre qui a reçu ses premiers élèves affectés en 6è cette année.

Population

Le département de Dimbokro a une population estimée à 81 158 habitants (dernier recensement de 1998) et qui est composée majoritairement de baoulés pratiquant l’agriculture et vivant dans 14 quartiers de la commune et 75 villages. On y retrouve pratiquement tous les nationaux mais aussi beaucoup de non-nationaux de la sous-région ouest-africaine notamment des Burkinabè, Maliens, Nigérians, Nigériens, Guinées, etc. qui vivent en parfaite harmonie avec leurs hôtes majoritairement Agbas.

Bref historique du peuplement et du flux migratoire

Au dire du chef de terre, Nanan Langui Kouadio et de M. Laciné Sangaré mais aussi selon des documents fournis par la DR de la Culture et de la Francophonie, Mme Guéi Zranssaha, Dimbokro doit son nom au petit village créé par Kouassi Djingbo, sous l’appellation de Djingbokro, devenu Dimbokro par déformation de la part de l’administration coloniale.

Poste administratif en 1903, puis chef-lieu du cercle du N’Zi-Comoé connu à l’origine sous le nom de la boucle du café-cacao, la circonscription administrative de Dimbokro a été érigée en sous-préfecture en janvier 1961 et en chef-lieu de département en 1969. La « région » a été marquée par la grande répression menée par l’autorité coloniale contre les membres du Syndicat agricole africain, avec à leur tête feu Koné Samba Ambroise.

Peuplement

La légende fait venir les Baoulés de l’Est de l’ancien Gold-Coast (actuel Ghana), aux environs du 18è siècle sous la conduite de la Reine Abla Pokou. Au cours de leur migration, un groupe du peuple Baoulé va s’installer solidement dans l’actuel Dimbokro après avoir chassé et refoulé les Gouros au-delà du fleuve Bandama. Ils affrontent par la suite les Agni qu’ils vont contraindre à s’installer sur la rive-Est du fleuve N’Zi.

Grands cultivateurs de manioc, ce peuple Baoulé laborieux et généreux va être identifié à cette culture par les voisins, d’où l’appellation AGBA, ce qui signifie « Manioc ». On trouve les AGBA dans les départements de Dimbokro, Bocanda et Kouassi-Kouassikro constituant l’actuelle région du N’Zi.

Organisation sociale

Pour marquer l’autorité, le peuple Baoulé de Dimbokro s’est constitué en tribus dont les dénominations correspondent, selon la légende, à des fonctions exercées jadis par chaque groupe, sous le règne de la Reine Abla Pokou. On a ainsi les AGBA-LAGUIRA c’est-à-dire

« Cultivateurs de manioc », qui étaient les premiers arrivants et donc propriétaires terriens selon la tradition baoulé. Ils ont été suivis par les SAKIARE ou « Destructeurs de fétiches » et des AÏTOU, « Ennemis plumeurs de volailles ». Ces deux derniers groupes seraient arrivés au même moment.

Les peuples NANAFOUE, FAFOUE et AÏTOU, respectivement venus de Yamoussoukro, Bouaké et Tiébissou ont été accueillis par les AGBAS-LANGUIRA sur leur territoire. Ces différents groupes sont organisés en tribus, c’est-à-dire, en groupe social fondé sur une parenté. Les populations se reconnaissent tant dans le symbole « BIA » ou siège du pouvoir que dans sa dénomination.

La tribu peut se subdiviser en plusieurs sous-groupes ou clans. Chez les Agbas, le chef de clan gère un certain nombre de villages. Il représente son chef de tribu dans sa localité, assure l’autorité foncière et est gardien des règles coutumières en cours dans sa tribu. Il rend compte de la gestion à son chef de tribu.

Le chef de village assure l’intérim de son chef de clan dans son village et sur l’étendue du périmètre foncier mis au service de la population villageoise. Il dirige le conseil de ce village composé des grandes familles.

Les successions au trône à tous les niveaux, tribu, clan, village et famille se trouvent instituées suivant la formule propre au Baoulé, c’est-à-dire le matrilignage.

Organisation religieuse

Chez le peuple Baoulé de Dimbokro, la structure religieuse repose sur le culte des ancêtres. L’animisme a toujours été de mise. C’est donc une structure sacrée fondée sur l’autorité coutumière, génératrice de l’harmonisation et de la stabilité. Aujourd’hui, le christianisme et l’islam semblent avoir pris le pas sur toutes les croyances animistes.

Organisation culturelle

Au plan culturel, le peuple Agba a pu conserver, malgré les influences extérieures, les grands traits de sa civilisation notamment le système matrilinéaire avec une importance accordée à l’or, métal sacré ; les grands moments de réjouissance sont la fête des ignames et la fête de pâques ou « Paquinou », une fête chrétienne et de retrouvailles au cours de laquelle le développement du village se trouve au cœur des réflexions. C’est à l’occasion de Paquinou aussi que des planteurs Baoulés, immigrés en zones forestières de l’Ouest et du Centre-ouest, pour la culture du café-cacao, regagnent temporairement leurs localités pour y mener des activités de développement.

Selon la DR de la Culture et de la Francophonie, le département de Dimbokro est connu pour avoir si activement participé à l’édification de l’histoire de la Côte d’Ivoire, d’où la nécessité de la conservation matérialisé par le cimetière des martyrs ; les bâtiments coloniaux et monuments. A ceux-ci s’ajoutent les sites sacrés et les espaces d’expositions d’art, expression d’un essor culturel du peuple Baoçulé.

Le patrimoine artistique est très développé. Les baoulés de Dimbokro excellent dans le tissage, la vannerie, la sculpture, la poterie, la bijouterie. C’est donc un lieu de perpétrer ces savoirs et savoir-faire, d’en conserver les témoins les plus marquants et les valoriser.

Dans la civilisation des Baoulés de Dimbokro, les danses sont contextuelles. On a ainsi, entre autres, les danses de réjouissance incarnées par le Sékédi, le Kôtou ; les danses masquées, le Goli ; les danses guerrières (le Kpalikla) ; les danses funéraires (l’Akpatoué, le N’dolo.)

Par ailleurs, le département de Dimbokro regorge d’artistes modernes de renom notamment N’st Koffies, Kajeem, Akissi Delta, Djuédjuessi… et d’un vivier important d’artistes en devenir qui a permis de remporter de nombreux prix au plan national lors des finales nationales du Festival national Vacances culture en 2012, 2013 et 2014.

Activités économiques

Les populations du département de Dimbokro sont essentiellement agricoles. Toutefois des unités industrielles telles l’UTEXI et OLAM-IVOIRE contribuent à la dynamique de la vie économique selon la conjoncture, l’UTEXI tournant au ralenti depuis les crises successives qu’a vécues la Côte d’Ivoire.

Dossier réalisé par Zouhou Guéi Robert Patrice, Chef du Bureau Régional AIP Dimbokro