Le groupe Akan

Le Sud et l’Est de la Côte-d’Ivoire sont occupés par différentes branches de la famille Akan (Frontaliers, Lagunaires et Baoulé-Agni). On les retrouve aussi dans les apys voisins du Ghana, au Togo et au Bénin.

En Côte d’Ivoire même, on compte trois grands groupes Akan : Les Akan frontaliers, à l’Est du pays. Ces populations se retrouvent de part et d’autre de la frontière du Ghana et de la Côte-d’Ivoire . Ce sont : les Abron(Ahenfi, Foumassa, Pinango, Akidom), les Agni(Bini, Bona, Indni, Morofw, Sanwi), les Juaben(Diabè), les Essouma et les Nzima(Ajomoro, Guira, Ahanta).

Centres urbains : Abengourou, Bondoukou, Aboisso, Bongouanou, Krindjabo, Mafr, Ayam, Assufri, Transua, Arrah, Nguim, Nouamou .

Les Akan du centre. C’est la grande famille des Baoulé : (Ouarebo, Agba, Ngban, Faafou, Nzikpri, Aätou, Nanafou, Saafou, Akouè, Ndranoua, Satikran, Goli, Ayaou, Anno et Annoabè). On les trouve dans les grandes villes du centre autour de Bouaké : Dimbokro, Toumodi, Tibissou, M’Bahiakro, Tiassal, Daoukro…

Les Akan lagunaires sont sur les côtes de Sud. Le terme lagunaire donné à ces ethnies vient du fait qu’elles sont installés tout autour du vaste complexe lagunaire formé par le Lac Ebrié. On pense aux villes si typiques d’Aghien et celle de Grand-Lahou. Ce sont : les Abè(Mori, Tchofou, Abv, Khos), les Abidji, les Abour(h, hiv, Ossouon), les Aky(Lepin, Bodin, Ketin), les Adioukrou, les Avikam, les Alladian, les bri(Bidjan, Kwè, Songon, Niangon, Yopougon, Bya, Nonkwa, Bobo, Adiapo),les Ewotire.

L’organisation politique des Akan lagunaires repose en grande partie sur les classes d’âge qu’ils ont su mieux organiser que les autres Akan (Adioukrou, Aky, Abour, bri). Le calendrier des Akan lagunaires est basé sur une semaine de six jours. On les retrouve naturellement à Abidjan, Agboville, Bingerville, Grand-Bassam, Dabou, Adiak, Grand-Lahou, Orbaff, Ousrou, Dibremou, Memni, Alp.

L’ORIGINE DES AKAN

Selon E. Meyerowitz, les fondateurs des États Akan furent des descendants des Dia ou Za, des Berbères de Libye et des Gara, qui étaient installés dans la région du Tibesti . Aux alentours du XIème siècle, ils auraient émigré vers le Sud, sous la poussée des Touareg, eux-mêmes repoussés par les Arabes lors de la conquête de l’Afrique du Nord. Ces premiers ancêtres se fixèrent tout d’abord dans la boucle du Niger, où ils firent souche et se mêlèrent aux autochtones nègres. Or après l’islamisation des Berbères, le premier noyau du groupe akan dut, une nouvelle fois s’exiler encore plus au Sud, parmi les Grusi.

Pour Baumann et Westermann, la civilisation de ces peuples leur a été imposée par des groupes d’une race dominante à matriarcat venus du Nord qui ont conquis cette partie de la côte; Ces conquérants étaient visiblement apparentés, en premiers ligne, aux dynasties à matriarcat des grands États soudanais, et en seconde ligne, aux Libyco-Berbères(à matriarcat)de l’Afrique du Nord.

Notons en passant que Meyerowitz et Baumann ne donnent pas les raisons qui les font dire que les Akan descendent des Berbères Dia et Za . Pour J. Ki-Zerbo : « Vers l’an 500, dit une autre légende, des princes Berbères ou des Arabes ou Yémen seraient arrivés sur les bords de la boucle du Niger et ils auraient débarrassé les riverains(pêcheurs Sorko et paysans Gabibi) de la terreur d’un poisson-fétiche, dont les pêcheurs Sorko se servaient pour extorquer de substantielles offrandes à leurs compatriotes cultivateurs, les Gabibi. Ces clans semblent être remontés du Dendi en aval du Niger, où ils avaient baptisé les deux rives ouest et est, respectivement le Gourma et le Haoussa; ils seraient parts originellement des parages du Tchad… Vu la minceur de cet apport extérieur, trois personnages selon la légende du Yémen, quelques groupes de commerçants, d’après Al-Bakri, durent être assimilés rapidement par les Songhaï ».

L’opinion de Meyerowitz et de Baumann repose sur le fait que des populations d’origine berbère, connaissant le matriarcat, seraient descendues au Sud; Et comme les Akan connaissent un régime parenté à peu près similaire, ces auteurs n’ont pas, un seul instant, manqué d’affirmer que ces purs nègres étaient des descendants des Berbères. Cette conclusion est discutable dans la mesure qu’elle ne porte d’une part que sur un seul fait, et d’autre part la matrilinéarité n’est pas le régime de parenté des seuls Akan; En effet, hors de la région forestière, des populations de la savane ivoirienne(Djimini, Tagwana, Koulango et Lobi)connaissent ce système de filiation. Plus loin en Afrique Centrale, la grande famille des Bacongo(Bantou) est également matrilinéaire, ainsi que des groupements humains moins importants.

L’histoire et la sociologie apprennent que si des populations animistes changent facilement de religion, d’habitudes de vie et de nom, il n’en est pas de même des communautés chrétiennes et musulmanes. Nulle part en Afrique de l’Ouest on ne signale la présence de populations islamisées de longue date (Berbères, Touaregs et Maures) retournées purement et simplement à l’animisme. Les populations d’origine Peul intégrées aux communautés nègres de Mauritanie, du Sénégal, du Mali, de la Guinée, du Niger et du Burkina Faso ont conservé leur langue, leurs noms et leur religion . Le twi, langue des Akan, est différent des langues sémitiques de l’Afrique du Nord; La grande majorité des populations akan et leurs chefs restent encore animistes.

Le peuple Akan, jusqu’à preuve du contraire, n’est le produit d’aucun métissage de race, à l’opposé des peuls, des Touaregs et des Maures. L’opinion des Akan, quant à leur origine, reste différente des versions mentionnées plus haut; leur tradition orale ne mentionne nulle part que ce peuple descend des populations de race blanche. Ils reconnaissent cependant que leurs ancêtres venaient du nord, d’une région ou d’un pays appelé Agniwan-gniwan. De nombreuses localités portent ce nom tant au Ghana qu’en Côte-d’Ivoire… D’autres estiment que si ces localités portent ce nom, c’est en souvenir du pays d’origine situé plus loin dans le temps et dans l’espace.

Les Akan reconnaissent avoir connu de nombreux déplacements en Afrique de l’Ouest. On ignore à quel moment les premiers Akan s’installèrent dans le golfe de Guinée, mais nous savons de façon certaine que les chercheurs miniers de la SODEMI d’Abidjan ont mis à un jour, dans les régions lagunaires de la Côte-d’Ivoire, des restes humains non pygmoïdes associés à des objets d’art en or d’origine Akan. Ces éléments archéologiques furent envoyés en Suède, à Upsala, pour être étudés : le carbone 14 révéla que certains éléments humains étaient vieux de plusieurs siècles avant notre ère (vers -1200) ce qui montre que les ethnies Akan existaient donc déjà en Côte-d’Ivoire il y a 2000 ans.

A l’arrivÌe des remiers Portugais en 1474, les diffÌrentes populations Akans Ìtaient organisÌes en petits royaumes indÌpendants qui dominaient la régions du Sud de la Côte d’ivoire actuelle.

Situation du pays d’origine

Les Abouré, les Essouma, les Indénié, les Morofwè, les Nzima et les Sanwi se souviennent encore que leurs ancêtres viennent d’un pays appelé Agniwan-gniwan; Ils situent ce pays au nord du Ghana et de la Côte-d’Ivoire. Dans ces conditions, leur pays d’origine serait dans une région plus septentrionale.

Le terme Agniwan-gniwan, étymologiquement, signifie sable-sable, sable à perte de vue. Nous avons pensé que ce nom ne pouvait désigner que le chemin du bord de la mer emprunté par quelques clans pour se rendre du Ghana en Côte-d’Ivoire; finalement, il ne peut pas s’agir du chemin sablonneux du littoral marin car la côte atlantique ne se trouve pas au nord du pays Abouré, du pays Agni et du pays Nzima; il se trouve au Sud. Les Nzima ont longtemps séjourné chez les Brong(centre-ouest du Ghana) avant de descendre sur la côte . Le terme Agniwan-gniwan nous incite à croire que le pays d’origine des Akan est un pays sablonneux se trouvant au nord du Ghana et de la Côte-d’Ivoire.

Les peuples de civilisation akan ont dans leur Dja (paquet contenant le trésor du royaume et des poids à peser l’or) de petites figurines en bronze communément appelées poids à peser l’or . Certaines figurines comportent des signes graphiques identiques aux lettres de l’alphabet tifinar, libyque et saharien; Les signes akan sont également identiques aux marques que les populations Daza et Azza du Niger, du Tchad et de la Libye utilisent pour marquer leur bétail. Au Niger et au Tchad, ces signes sont des marques de familles et de clans.

Tous ces signes, ces marques et ces lettres d’alphabet ne se rencontrent que dans des pays situés au nord du pays akan, dans des régions se trouvant au coeur du Sahara et comportant de très grandes étendues de sable; Ces faits méritent d’être mentionné car ils sont très importants dans l’histoire du pays akan.

Dans les régions forestières du golfe de Guinée, les Akan restent les seuls à détenir ces précieux éléments culturels. La tradition orale des Akan ivoiriens les fait venir du Ghana; Les recherches écologiques, linguistiques et historiques entreprises au niveau des universités, de part et d’autre des deux pays, montrent que les ancêtres des Akan, avant de se rendre dans la partie Ghanéenne à la recherche de terres forestières plus fertiles, étaient installés dans le V Baoulé, en région de savane. L’histoire dit qu’avant d’aller fonder Kokofu, Bekwai, Juaben et Nsuta au Ghana, les ancêtres du clan royal Oyoko de Kumassi venaient d’un royaume nommé Kumbu(Comoé), situé entre le Comoé et le Bandama; cette région se trouve présentement en Côte-d’Ivoire; Les linguistiques nous apprennent également que le twi parlé par les Akan ivoiriens est plus archaïque que celui parlé au Ghana.

Des régions sahariennes ou sahéliennes, les ancêtres des Akan étaient venus s’établir à l’emplacement de l’actuel V Baoulé; Ainsi, une importante fraction est partie au Ghana, en région de forêt, à la recherche de terres plus fertiles, là-bas, les guerres intestines obligèrent certains clans à faire marche arrière.