Atomvorè ou l’introduction de l’épouse au foyer conjugal chez les Agni

Lorsque tout est prêt, la femme achète, avec l'argent qui à été remis à sa mère au moment des fiançailles, une malle pour y enfermer son trousseau et divers objets destinés à son mari : une serviette de toilette, un peigne, un seau, un chapeau de feutre, des cuillers et des fourchettes.

De son côté, elle previent aussi son mari que tout est prêt. Celui-ci dépêche une de ses sœurs, accompagnée de quelques amies pour aller la chercher. Là encore, il y a un cérémonial à observer quant au jour. Ce ne pourra jamais être un lundi Kissié synonyme de kissi (très noir), ni un mardi, gyorè venant de égyugyorè (paroles, palabres) ;mais le mercredi, qui se dit malan (frais, agréable) est présage de bonheur et est choisi de préférence à tout autre, car le jeudi, ouhwé (ou ndèndè, faire vite) et le vendredi, ya (yalè, souffrance), sont aussi jours néfastes. Le samedi, fwé (foufwé, blanc) est à nouveau néfaste ; quant au dimanche, morè, où l’on ne travaille pas, l’épouse ne saurait décemment rejoindre le domicile conjugal.

La femme choisit à son tour quelques amies, pour l’accompagner avec la sœur de son mari envoyée à sa rencontre. L’une d’elle prend sur se tête la malle contenant le trousseau, une autre la natte de raphia, que la mariée a fabriquée elle-même et qui doit être posée sur la couche nuptiale, les autres se chargent du reste des bagages. La nouvelle mariée a revêtu ses plus jolis atours et on lui a dessiné sur la figure des traits à la terre blanche, mélangée à une herbe, éfiandron. Puis, gaiement on se met en route.

Parfois, avant de rejoindre le domicile conjugal, la jeune épouse est convoquée par son chef de famille pour recevoir sa bénédiction et ses derniers conseils. Le 7 juin 1935, nous avons été témoins d’une de ces cérémonies à Krinjabo. La jeune femme se tenait devant un vieillard à barbe blanche, le patriarche de sa tribu, écoutant avec piété filiale ses derniers conseils : ne point forfaire à l’honneur de sa famille, ne pas se montrer égoïste envers son mari, lui être obéissante et fidèle, etc…. Prenant ensuite les deux mains de la jeune femme, les paumes retournées en haut, le vieillard soufflait dessus et les portait successivement au front et à la poitrine de la future épouse, appelant sur elle les bénédictions du ciel. Toute l’assistance accomplissait ensuite le même rite. La cérémonie se termina, comme le veut la coutume, par quelques boissons, comme au jour du mariage et l’on fit des libations en répandant un peu de gin sur le sol. Le patriarche invoqua aussitôt les mânes des anciens rois de Krinjabo, les priant de bénir l’union de sa fille, de lui accorder richesses et de nombreux enfants et d’écarter les mauvais génies.

Le cortège arrivé près du village on s’arrête. L’entrée ne devant se faire qu’à la nuit. Le mari, averti de l’approche de sa femme, prévient quelques jeunes filles qui se rendent à sa rencontre et l’entrée se fait en chantant :

– Essèyè, èsèyè, èyè ! (hosannah)
– Wan o ! (qui)
– O, o, o, o (purement euphonique)
– Anto, anya o ! (elle a reçu, elle a trouvé, sous entendu un mari)
– E sèsè…..é ;é ;é …ésèyè, ésèyè, yé ! (hosannah)

L’introduction de l’épouse au foyer conjugal se nomme atomvorè.

Une des jeunes filles prend la jeune femme sur son dos et la conduit dans la cour de son mari. Introduite dans le compound où elle habitera, la nouvelle venue doit se tenir coite, ne saluer personne, pas même son mari. On la fait asseoir, on lui lave les pieds, on lui chausse des sandalettes et elle est amenée dans la chambre nuptiale, où elle passera la nuit par terre couchée sur une natte, à côté du lit de son époux, éno akendeba i ala (elle a couché avec l’araignée) dit l’expression vulgaire. Dans certains village, elle doit ainsi passer trois nuits consécutives, avant de pouvoir connaître son mari.

On remet une somme de cinq franc francs à la jeune fille qui a porté la malle, un franc cinquante à celle qui lui a lavé les pieds et des sommes moindres à celles qui l’ont accompagnée (toujours ancien tarif). Le lendemain matin, la jeune épousée salue son mari et lui remet les objets qu’elle a achetés pour lui, puis elle salue ensuite toutes les personnes qui habitent la cour, aoulo.

En prévision de l’arrivée de sa femme, le mari a acheté beaucoup de poissons ; on prépare de nombreux foutous (plats du pays) qu’on distribue aux parents ou amis que la femme a dans le village. Le mari ne peut toucher à ces plats, car plus tard, si la désunion se produit dans le ménage, il lui faudra pouvoir dire « qui t’a donc offert à manger quand tu es venue chez moi, qui s’est rassasié, sinon toi et tes parents ? »

La femme peut aussi distribuer des cadeaux en argent qui ne sont que des prêtés pour des rendus, car toutes ces sommes lui seront largement remboursées, au cours des visites qu’elle devra faire plus tard. Toutes ses amies qui l’ont accompagnée et qui ont porté ses bagages, restent quelque temps auprès d’elle pour l’aider dans ses travaux ; à leur départ, on les gratifie de menus cadeaux en argent. Pendant le cours du mois qui suit son entrée en ménage, la jeune femme exhibe tous ses jolis atours et ses bijoux. Ensuite, elle se met au travail, la vie ordinaire commence.

Source: royaumesanwi.net