Les masques sénoufo: de la forme à la signification

Les "dallebele" ou artisans du bois dans les villages sénoufo façonnent les différents outils ou ustensiles ménagers et de temps à autre se voient confier l'exécution d'un masque dont ils ignorent souvent la destination.

Ces hommes groupés en caste, qui ont reçu de façon surnaturelle le don de maîtriser certaines matières exécutent rapidement et presque automatiquement ces objets, les masques et statuettes, considérés par l’observateur comme sacrés.

Mais le masque n’a de signification (magique et sacrée) pour le sculpteur comme pour tout Sénoufo qu’à partir du moment où il est complètement intégré à son contexte liturgique ou magique. Ceci expliquerait la facilité qu’ont les scupteurs sénoufo à approvisionner un marché d’art africain de plus en plus florissant et ainsi à se reconvertir, abandonnant souvent la clientèle pauvre des villages, pour une fabrication presque industrielle. D’autre part, la profusion des masques dans les musées et collections particulières s’explique aussi par les rejets d’objets que l’on soupçonne être des supports de magie agressive.

De là une certaine liberté du sculpteur quant au contenu que l’observateur voudrait donner au masque. Le masque dans le rituel sénoufo n’est pas le point culminant du rite; il n’est qu’un outil de l’homme animateur, un élément du spectacle ou entrent en jeu le costume, l’ornementation du masque, la musique, le chant et la danse.

L’analyse détaillée des différents masques sénoufo de type zoomorphe aussi bien que de type à figure humaine, et de leur utilisation amène l’auteur à la conclusion suivante : quelle que soit l’utilisation de ces masques dans le rituel initiatique du « poro » ou à des fins de magie agressive ou défensive il est déconcertant de constater à quel point ces masques sont interchangeables et ne peuvent être distingués quant à leur signification que par les accessoires, philtre, plumes, étoffes etc. qui les accompagnent. Le masque en tant qu’objet n’a aucune signification.

Bulletin de l’IFAN, 1965, Série B, XXVII, n° 3-4, pp. 636-677.