La formation du peuple ivoirien

En raison de la nature du climat tropical, de la fragilité de l'habitat et des objets d'usage quotidien, les vestiges archéologiques demeurent rares en Côte d'Ivoire. Divers indices prouverait cependant que le pays est habité depuis plusieurs milliers d'années. En particulier, on a trouvé des outils en pierre ainsi que des rochers qui servaient jadis de polissoirs pour la fabrication de ces objets.

Si l’on laisse à la légende les « petits hommes roux » que l’on a voulu apparenter à d’hypothétiques Pygmées, il faut dire que la population dans cette partie du continent africain, était probablement de faible importance et très dispersée. Il faudra attendre les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles pour assister à la mise en place définitive des quatre grands groupes ethniques: Akan, Krou, Mandé et Voltaïque, qui composent à présent le Peuple ivoirien.

Les Sénoufo et les Koulango, cultivateurs, seraient les plus anciens occupants de la savane, venus de la région voltaïque en plusieurs flux, tandis que les Dan et les Gourou descendent des pays mandé du Nord-Ouest jusqu’à la lisière de la forêt.

Du XIVe au XIXe siècle, des poussées successives amènent au Nord-Est les Lobi, guerriers, et sur l’autre pôle un fort courant malinké, qui enserrent ou refoulent les précédents.

à l’Ouest, les peuples Guéré, Krou et apparentés pénètrent la forêt à mesure que s’accentue la pression nord-sud des populations soudaniennes, chassées vers le Sud par la désertification.

C’est vers la fin du XVe siècle que s’amorce à l’Est la pénétration des peuples Akan: le groupe des Abron d’abord, et au cours de deux siècles suivants les grands mouvements des Agnie et des Baoulé. Plus organisés politiquement que les groupes occidentaux, ils mettent en place des états, dont certains subsisteront jusqu’aux temps modernes.

Au Nord-Est, en même temps, l’expansion des peuples mandé aboutit également à la formation de plusieurs royaumes. Au XVIIe siècle, les Koulango, sous la dynastie des Dagomba, forment entre la Haute Comoé et la Haute Volta Noire (aujourd’hui Burkina Faso) le Royaume de Bouna, divisé en commandements militaires ayant chacun à sa tête un prince de la famille royale. Exploitant les gisements d’or de Gaoua, ils établissent des relations commerciales avec le puissant Royaume des Achanti. Bouna ne disparaîtra qu’à la fin du siècle dernier, sous les coups de Samory Touré, mais dès le XVIIIe les incessantes luttes contre les Abron et l’arrivée des Lobi l’affaiblissent progressivement.

En provenance du Gonja (Ghana), les Abron (ou Brong) se sont installés au sud du Royaume des Koulango, faisant de Bondoukou leur capitale. Puissants au XVIIIe siècle, ils tombent bientôt sous la domination achanti.

Vers 1700, les Malinké créent à l’ouest de la Comoé le Royaume de Kong, qui contrôle les routes commerciales nord-sud. L’islam et le négoce s’épanouissent de concert dans cette cité opulante, contre la volonté des éléments guerriers restés fidèles à l’animisme, qui feront sécession. à la fin du XIXe siècle, face à la double offensive des Français et de Samory Touré, le royaume tente un marchandage que l’almamy lui fait payes très cher, en rasant la ville en 1897.

Tandis que les peuples lagunaires, pour la plupart apparentés aux Akan, s’émiettent en une pousière de communautés, les Agni et Baoulé, chassés par les nombreuses querelles dynastiques qui éclatent au sein des Achanti, gardent de leur origine une organisation monarchique et militaire. Un groupe agni fonde le Royaume sanwi d’Assinie, d’autres, ceux du Ndenié et du Moronou. Quant aux Baoulé, ils conquièrent les environs de Bouké sous la conduite de la fameuse reine Pokou, mais, après des campagnes victorieuses, ils se scindent en clans.

Malgré la diversité ethnique (les quatre groupes cités se subdivisent en dizaines de petites ethnies) et linguistique, le Peuple ivoirien présente de nombreux traites culturales communs aux divers groupes. La mobilité de la population, le brassage réalisé dans les grandes villes, contribuent à raffermirent l’unité culturelle et nationale.

L’adoption d’une langue écrite, le français, comme langue nationale, facilite les échanges et la communication entre les diverses composantes de la nation.