Naissance de la Côte d’Ivoire

Le 10 mars 1893, le gouvernement français constitue officiellement la colonie de Côte d'Ivoire en regroupant les comptoirs français du golfe de Guinée.

Les frontières de la nouvelle colonie ont été délimitées dans les années précédentes par Louis Gustave Binger, officier d’ordonnance de Faidherbe.

Binger est issu de l’infanterie de marine, un corps mésestimé de l’armée française qui a découvert dans la colonisation, en Afrique comme en Extrême-Orient, une occasion inespérée de se mettre en valeur.

Cet officier au demeurant remarquable, passionné par l’Afrique et bon administrateur, devient à 36 ans le premier gouverneur de la nouvelle colonie de Côte d’Ivoire. Il ne conservera le poste que deux ans avant de devenir directeur des Affaires d’Afrique au ministère des Colonies.

Difficile soumission de l’arrière-pays

La nouvelle colonie constitue un quadrilatère d’environ 322.000 km2, soit les 2/3 de la France, avec un peu plus d’un million d’habitants au début du XXe siècle (20 millions au début du siècle suivant).

Au sud, derrière un littoral composé d’une succession de lagunes malaisées d’accès, des forêts tropicales en voie de défrichement, avec un peuplement clairsemé. Au nord une savane tôt islamisée et propice à la constitution de vastes royaumes comme celui, éphémère, de Samory Touré.

La colonie compte au total une soixantaine d’ethnies ou tribus, avec autant de langues ou de dialectes, divisées en quatre groupes principaux :
– Au sud-est, les Akans, cousins des habitants du Ghana voisin et répartis entre Baoulés, Sanwis,…
– Au sud-est (et au Libéria limitrophe), les Krous,
– Au nord-ouest (ainsi qu’en Guinée), les Malinkés ou Mandingues,
– Au nord-est, les groupes voltaïques et en particulier les Sénoufos, principale ethnie ivoirienne.

Les missionnaires commencent à récolter le fruit de leurs efforts en convertissant à la foi catholique une bonne partie des animistes qui peuplent la zone forestière du littoral.

Mais de même que les militaires et les administrateurs, ils éprouvent plus de mal à pénétrer les savanes du Nord, en bonne partie vouées à l’islam et remuées par le chef soudanais Samory Touré.

En 1892, il a massacré au lieu dit Séguela une colonne envoyée contre lui et dirigée par le capitaine Ménard. L’année suivante, le gouverneur de Côte d’Ivoire engage une véritable guerre contre le chef soudanais. Elle s’achève par sa capture en 1898. La France occupe dès lors toute la région du haut Niger et le Sahel (la bordure méridionale du Sahara).

La Côte d’Ivoire n’est pas pour autant pacifiée. Dans la décennie qui suit, jusqu’en 1911, les insurrections se multiplient au sein du peuple baoulé, au centre du pays.

La répression (incendies de villages, campagnes de terreur,…) réduit la population dans de très fortes proportions. Selon certaines estimations, le peuple baoulé serait ainsi passé d’un million et demi de personnes à… 160.000 en dix ans.

Un état en gestation

En 1902, la Côte d’Ivoire devient partie intégrante d’un ensemble appelé Afrique Occidentale Française (AOF) et dirigé par un gouverneur général établi à Dakar, au Sénégal.

Son chef-lieu est fixé à Bingerville, une ville nouvelle sur la lagune de Grand-Bassam.

On aménage le port d’Abidjan, non loin du chef-lieu (Abidjan deviendra la capitale de la Côte d’Ivoire en 1934).

On entame par ailleurs la construction d’une voie ferrée orientée vers le nord, d’Abidjan à Bobo-Dioulasso, pour évacuer la production cotonnière des petits paysans de la haute Volta. Cette voie ferrée sera plus tard prolongée jusqu’à Ouagadougou, actuelle capitale du Burkina-Faso (anciennement Haute-Volta).

C’est le début d’un développement fondé sur l’exploitation du café, de la forêt, du coton et surtout du cacao, qui fait de la Côte d’Ivoire la colonie la plus prospère d’AOF.

Ce développement profite à de nombreux planteurs locaux ainsi qu’aux colons et à quelques entreprises spécialisées dans les affaires d’outre-mer comme la CFAO (Compagnie Française d’Afrique Occidentale).

Pour la République française, qui doit assumer les coûts d’infrastructure et d’administration, le solde de la colonisation, en Côte d’Ivoire comme ailleurs, n’en reste pas moins négatif ainsi que l’a montré l’historien Jacques Marseille dans une thèse qui fait date : Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce (Albin Michel, 1984)

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