Samory Touré détruit la ville de Kong

Kong, une ville dont le nom fut célèbre dans le passé et qui, de nos jours, est devenue un lieu parmi d'autres sur la carte de la Côte d'Ivoire. Comment cette ville toute de grandeur et exerçant sa puissance sur toute la région a décliné ?

Les villes ne se créent pas au hasard. La situation géographique et commerciale de l’époque explique toujours leur naissance. Le nord de la Côte d’Ivoire au XVIe siècle est déjà un lieu de passage pour les caravanes. La noix de kola, l’or, le bétail, le sel, le poisson séché, les céréales y transitent et s’y échangent. Le commerce est entre les mains des Dioula musulmans. Les Malinké ont tracé des routes, fondé des villages. Avec les marchandises, s’introduisent les idées, l’islam fait son chemin. On peut situer vers 1700 la création du royaume de Kong. Son fondateur, un Malinké, s’appelle Sékou Wattara. Grâce à son armée, il s’impose dans toute la région. La ville de Kong se convertit à l’Islam, on voit se dresser des mosquées et s’ouvrir des écoles coraniques. Le guerriers, généralement animistes, les marchands et les érudits font la réputation de la ville.

Sur le plan religieux, Kong est une des grandes capitales de l’Islam. Sur le plan commercial, l’arrivée des Européens au sud de la Côte d’Ivoire ajoute un centre d’intérêt supplémentaire pour les marchands. Mais la réussite commerciale des Malinké musulmans se fait aux dépens des guerriers restés animistes. Ceux-ci ne défendent plus les routes et, petit à petit, la puissance de Kong se transforme en décadence. Ainsi s’explique sans doute la chute de la ville lorsque, vers la fin du XIXe siècle, elle est détruite par Samory. Vers les années 1896-1897, la région est un lieu convoité par deux forces étrangères : Samory Touré et les Français. Entre eux la lutte est chaude. Samory se sent cerné.

Dans ce contexte, il envoie des messagers au roi de Kong nommé Karamoko Oulé Wattara. Cent jeunes gens et cent jeunes filles lui apportent la lettre suivante : « C’est moi, l’Imam, prince des croyants, qui vous écrits en personne. J’ai voulu par cette lettre saluer Karamoko Oulé Wattara et Sipala votre marabout. Je suis venu à Kourodougou où il y a beaucoup de Dioula et de Haoussa, adorateurs d’Allah, disciples de Mahomet le prophète et je sais que les Wattara sont leurs chefs.

Pour moi, je ne ferai jamais la guerre aux musulmans ni ne prendrai Kong où il y a tant de disciples du Coran et de célèbres marabouts. Jamais je ne prendrai un musulman pour le vendre ni ne pillerai ses biens ni son mil ni rien de ce qui lui appartient. Je désire commercer avec vous, aussi vous ai-je envoyé mes hommes avec des esclaves et de l’or pour avoir en échange des fusils, de la poudre et des chevaux. Vous êtes en amitié avec les Blancs de la côte. Il vous sera facile d’acheter pour moi aux Blancs des fusils et de la poudre. Vous êtes aussi les amis des habitants du Kénédougou ; prenez donc mes esclaves et veuillez les échanger chez Babemba contre des chevaux. Si vous faites ainsi, j’ai décidé de ne pas entrer sur vos terres. Signé : Samory Touré ».

Karamoko Oulé reçoit la lettre et convoque les anciens pour leur demander leur avis. Voici comment Amadou Koukourabi raconte la scène. « Karamoko Oulé leur posa cette question : à votre avis, quelles sont les intentions réelles de Samory ? Tous répondirent : le passage de l’Iman Samory est de bonne augure. Faisons ce qu’il nous demande. Notre village n’a pas été brûlé jusqu’à présent comme celui de tant d’autres qui ont opposé un refus à l’Imam. Il y avait là un métis (de Dioula et de Sénoufo) dont j’ai oublié le nom.

Si nous écoutons Samory, dit-il, et lui donnons ce qu’il nous demande, les Blancs vont s’imaginer que nous sommes les alliés de Samory ; ils nous déclareront la guerre et prendront nos terres. Portons donc les lettres de Samory au Blanc qui est déjà venu chez nous et avec qui nous avons traité : il se trouve à Grand-Bassam pour le moment. Les Wattara répliquèrent : Grand-Bassam est loin ; avant que nos messagers y parviennent, Samory aura pris notre ville et vendu nos femmes et nos enfants. Finalement, ils dirent à l’envoyé de Samory qu’ils voulaient bien faire du commerce avec lui. Karamoko Oulé et Gyarawari rassemblèrent des chevaux, de la poudre et des fusils qu’il remirent aux représentants de Samory ».

Les habitants de Kong ne sont pas des guerriers. A part le commerce, la prière, l’étude et la lecture, ils ne savent pas se battre et ils le reconnaissent. Pour subsister entre deux conquêtes, ils croient bon de jouer double jeu. Samory se sent trahi et ne pardonne rien. Le 15 mai 1897, Samory Touré détruit la ville de fond en comble et en massacre les habitants. C’est la fin d’un grand royaume.

Source : le Journal de l’Afrique