Sékou Oauttara souverain Fondateur de l’Etat de Kong

Sékou Ouattara est le principal artisan de la fondation d'un des plus grands Etats du nord-est de la Côte d'Ivoire au XVIIIe siècle, l'Etat de Kong. Celui-ci va être le point de départ d'un empire dit des Ouattara.

Et lorsque Sékou Ouattara meurt en 1745, à l’âge de quatre-vingts ans , il laisse à ses successeurs un vaste territoire s’étendant de Bondoukou à Sikasso.

De l’enfance à l’âge mûr

Né en 1665 à Ténégéra, Sékou bénéficie d’une grande attention de la part de son père Tièba et de sa mère, une princesse animiste du nom de Tagari, appelé Matagari. Des l’âge de sept ans et pendant une dizaine d’années, Sékou fréquente la plupart des écoles coraniques de Ténégéra. Il reçoit une formation complémentaire chez les marabouts Dibi, Lagbakourou et Kpérésuma. Doué d’un esprit curieux et d’une intelligence vive, les questions qu’il pose sur les hadith et sur la vie du prophète embarrassent souvent ses maîtres.

Dès l’enfance, Sékou est initié aux travaux champêtres et au tissage dans lequel sa renommée franchit les frontières de Ténégéra.

Il apprend très tôt le maniement des armes et s’impose comme un valeureux guerrier au sein de l’armée. C’est un bon stratège qui oblige ses adversaires à combattre dans les conditions désavantageuses. Intrépide, intègre dans le partage du butin de guerre, Sékou devient rapidement l’idole des jeunes guerriers qui combattent dans les troupes de Ténégéra.

Elément à forte tête, il est relevé du commandement des troupes par Mansa Maghan, peu avant 1700. Dès lors il va se consacrer entièrement aux activités commerciales. Il a trente ans.

Un commerçant avisé

Sékou pratique avec amour ce nouveau métier difficile, manifeste une grande disposition pour les affaires et en cinq ans ( 1700-1705), il acquiert une solide réputation qui va au-delà des frontières de kong.

Le commerce qu’il entreprend porte sur les esclaves que lui procure sa petite armée, les cotonnades tissées par ses esclaves, les barres de sel, les noix de cola et l’or. Pour garantir la sécurité aux caravanes , Sékou dispose d’une armée régulière qu’il rétribue.

Aussi de nombreux commerçants de la région recherchent son amitié, voire sa protection. Comme il ne peut fréquenter le marché de kong en raison de ses mauvais rapports avec les autorités du pays, les caravanes se rendant dans la boucle du Niger sont obligées de faire de grands détours par Salaga pour éviter les soldats de lasiri, souverain de kong.

Sékou ouattara connaît les rigueurs de la vie du commerçant itinérant. Les intempéries, les chemins tortueux et peu sûrs, les attaques des razzieurs d’esclaves, les difficultés du ravitaillement…sont tels que ses inquiétudes ne se dissipent que lorsque les caravanes sont de retour.

Un croyant sincère

Au cours de ses voyages d’affaires , Sékou rencontre des savants musulmans étrangers et fréquente la cour des souverains dont il visite le pays . Ses entretiens avec ces savants et ces souverains portent essentiellement sur le droit musulman et sur la manière d’islamiser les populations de son pays.

Il se lie d’une solide amitié avec le cadi Ahmed de Tombouctou qu’il a connu lors de ses voyages à Djenné et à Tombouctou entre 1700 ( début de sa carrière de marchand ) et 1710 (date de sa prise de pouvoir à Kong).

Personnage très pieux, Sékou profite souvent de ses moments de loisir pour lire et interpréter des versets du Coran à ses amis. Il n’a jamais accompli le pèlerinage à la Mecque mais il organise et finance le voyage de nombreux fidèles aux lieux saints.

Il offre la zakat ( l’aumône légale) aux pauvres. En dépit de sa grande fortune et du prestige dont il jouit au sein de la société, Sékou est resté un personnage très accueillant. Sa maison est ouverte à tous, sa générosité n’ayant pas de limites. Les commerçants et les érudits étrangers sont entourés de tous les soins . Aux érudits il distribue des milliers de pièces d’or et des esclaves.

Selon les sources orales, Sékou apparaît comme un bel homme, d’allure sportive car il fut l’un des meilleurs lutteurs de la région. Toujours bien habillé, il laisse l’image d’un prince qui aime les belles étoffes.

La conquête du pouvoir

Lorsque Sékou Ouattara conquiert le pouvoir avec l’appui des milieux musulmans et des hommes d’affaires, la masse de la population attachée à la terre refuse son autorité et organise ça et là des îlots de résistance. Il décide de les briser et de soumettre le pays par la force. Mais des réformes importantes doivent êtres au préalable accomplies au sein de l’armée.

Ainsi les sunangi, soldats, deviennent des combattants au service du commerce et de l’islam. Des captifs de guerre sont enrôlés sous l’appellation de Diouladyon (esclaves des Dioula). Ils reçoivent une solide formation militaire et constitueront plus tard le corps des fantassins de l’armée de Kong.

L’accès à la cavalerie, réservé au fils des chefs de village ou de terre, est démocratisé et autorisé à la fois aux fils de paysans, de marchands et aux Diouladyon. Au sein de l’armée, Sékou ne s’intéresse pas aux origines sociales des individus. Pour lui l’armée est un creuset où doivent se côtoyer les princes , les fils de paysans et les esclaves. Seul le mérite personnel des individus est pris en compte. L’armée devient ainsi un moyen d’ascension sociale et beaucoup d’esclaves peuvent accéder au grade de chef d’armée.

Le roi de Kong s’occupe de très près de la vie de ses soldats et des vétérans de guerre. Il leur distribue des terres mises en valeur par des esclaves, leur fournit gratuitement des chevaux, des armes et des vêtements. Pour récompenser les guerriers et les plus courageux , Sékou offre des bracelets de cuivre, pratiquant ainsi le culte du tyèfariya (la bravoure).

Grâce à ces faveurs et gratifications , le roi de Kong dispose d’une armée puissante, organisée , dynamique et disciplinée lui permettant de pacifier le pays et de conquérir d’autres territoires.

Zan Bakari soumet le pays lobi

La conquête du pays lobi est faite par l’un des fils de Sékou, Zan Bakari, à la tête d’une armée régulière de 3 000 guerriers dont 500 cavaliers. De nombreux villages voisins se soumettent et lui payent des tributs. Un an après son installation à Loto-Loropéni (1716-1717) il fait expédier à son père des milliers d’esclaves, fruit des razzias organisées dans le pays. La présence de Zan Bakari à Loto-Loropéni permet aux marchands de Kong d’avoir accès aux marchés de l’or lobi. Elle assure également la sécurité d’un nouvel axe, celui de Kong-Bouna-Bobo par Loto. L’Etat de Sékou vient de s’agrandir vers le nord-est.

Les succès de Zan Bakari le grisent . Il veut étendre son influence sur une région plus vaste. Il convoite les mines d’or du Poura et ambitionne de contrôler la production et la route de l’or du Lobi. Mais il ne réussit pas à soumettre les populations aurifères et au cours d’un combat il est grièvement blessé par une flèche empoisonnée.

Agonisant, Zan Bakari meurt sur le chemin du retour à Kofolon , non loin de Nassian. Il est enterré à Kong lors de grandioses cérémonies. Pour faire régner l’ordre et assurer la sécurité des commerçants à travers le Lobi , une partie de l’armée de Zan Bakari demeure à Loto. Grâce à la sécurité qui règne sur les routes de l’est, les relations commerciales entre Kong et les pays lobi deviennent plus étroites.

La soumission de nombreuses régions

La conquête de la région de Bobo-Dioulasso et du Kénédougou est confiée à Famaghan et à Bamba. Durant les campagnes de 1715 à 1720, ils soumettent une mosaïque d’ethnies: Komono, Dogosyè, Tyèfo, Vigé, Nyniégè, Dafing, Samo, etc. Les conquérants ne se contentent pas de prélever des tributs sur les peuples soumis, ils exigent que les princes envoient leurs enfants à la cour royale de Kong.

Au moment où une partie des troupes de Sékou se dirige vers le nord et le nord-est sous le commandement de Zan Bakari, Famaghan et Bamba, deux colonnes sont expédiées vers les pays forestiers du Sud, l’une conduite par Mori Maghari et l’autre par Kumbi. Mori Maghari conquiert le Djimini, le Djamala et atteint le pays de l’Anno, riche en or et en colatiers.

Les populations de l’Anno reconnaissent l’autorité du roi de Kong , acceptent de payer chaque année un tribut en or et en noix de cola et d’envoyer en otage quelques princes à la cour de Sékou à Kong. La conquête de l’Anno favorise donc l’installation de nombreuses colonies dioula le long des voies commerciales du Sud. Pour la première fois , le souverain de Kong entre en contact avec le monde akan.

Quant à Kumbi , il conquiert le Gyama dont Bondoukou est la capitale. Bondoukou, débouché de l’or et des noix de cola de l’Anno , est également le départ et l’aboutissement des caravanes qui relient la côte (Assinie, El-Mira, Cape Coast) à l’Etat de Kong. Il permet aux négociants de Kong de se procurer les marchandises européennes(tissus et armes à feu).

En définitive, vers 1720, Sékou Ouattara jette les bases d’un immense empire. Son autorité s’étend sur l’Anno et le Gyama au sud , sur le pays lobi à l’est, sur les régions de Bobo-Dioulasso et du Kénédougou (région de Sikasso dans le Mali actuel) au nord.

Des Pouvoirs Etendus

Le roi de Kong est un souverain absolu ayant droit de vie et de mort sur ses sujets. Sa personne est sacrée et nul n’a le droit de s’adresser directement à lui. Chef suprême des armées, il procède aux nominations des kèlètigui ( chefs de guerre). Les décisions judiciaires sont sans appel. Point de départ et point d’aboutissement de tout ce qui regarde la vie de l’Etat, Sékou délègue certains de ses pouvoirs, les moins importants, à ses frères ou à ses fils.

Pour être informé sur tout ce qui se passe dans son pays, il tient de nombreuses audiences au cours desquelles il écoute les doléances des populations, reçoit les gouverneurs de province, les représentants de commerçants et des autres corps de métier, et les envoyés des souverains étrangers.

Ces audiences ont lieu soit dans une grande salle, soit dans une des nombreuses cours du palais. La construction de ce palais avait été confiée à AL-Baru Basharu et les travaux s’étalèrent de 1710 à 1715.

Une Cours Fastueuse

La cour royale est bien organisée. Le souverain établit une étiquette minutieuse. Il prend place sur son trône recouvert de coussins brodés d’or derrière deux femmes tenant chacune une cuvette de bronze remplie d’or. Devant elles est assis le griot, ou Dyéli, et de part et d’autre de celui-ci prennent place les membres de la famille royale, les gouverneurs militaires et les notables de la cour. Derrière le souverain se tient sa garde personnelle composée d’une centaine d’hommes, les Diouladyon. A sa droite siège le Dioula-mansa , conseiller du roi, sorte de Premier ministre; à sa gauche le Dougoutigi(chef de la ville de Kong ) et sa suite. L’assistance, elle, est tout au fond.

Le roi entend les doléances transmises par l’intermédiaire de son griot, tranche les litiges, écoute les rapports des gouverneurs militaires sur la situation politique. Au cours de ces audiences, les notables lui présentent les hôtes de marque séjournant dans le pays, notamment les pèlerins et les grands érudits étrangers auxquels il offre bien souvent de l’or en guise de dons hospitalité. A cet égard, Sékou Ouattara n’est pas différent des autres rois : il pratique une politique de prestige ostentatoire en offrant de l’or aux étrangers.

Lorsque le roi se lève, le griot chante ses louanges et le tam-tam royal est frappé trois fois pour annoncer la fin de l’audience. Le souverain regagne alors ses appartements et la foule peut se retirer.
Après la mort de Sékou Ouattara, les audiences ne se tiennent plus dans la grande salle du palais , mais le plus souvent au pied des arbres de la grande place du marché. C’est sur cette place publique, à l’ombre de deux grands arbres, que Binger est invité, en 1888, à expliquer les motifs de sa visite à kong.

Le roi est servi par de nombreux esclaves, principalement prises de guerre. Lorsque les troupes royales font la conquête d’un pays, les jeunes gens et les adolescents deviennent des esclaves et sont conduits sous bonne escorte à la cour du roi. Il ne s’agit ni d’estropiés, d’infirmes, de lépreux ou d’aveugles, mais d’individus valides ne portant aucune de ces tares. Les razzias constituent la dernière source d’approvisionnement en esclaves.

Le Gouvernement de Sékou Ouattara

Sur le plan administratif , Sékou Ouattara gouverne en s’appuyant sur trois principaux conseils: le Dougoutigiya ou conseil du maire de la ville; le Dyéma où grande assemblée dont Binger dira qu’elle est une sorte de conseil des Anciens placé sous l’autorité effective du Fama; et le Barola, conseil spécial créé par Sékou pour seconder le Dyéma.

Pour faire régner la paix à l’intérieur du royaume, Sékou divise le pays en trois grandes provinces dirigées par ses fils avec lesquels il entretient des contacts réguliers. Il entend leurs rapports pendant les audiences royales. Lorsqu’il meurt en 1745 Sékou Ouattara laisse derrière lui un royaume puissant; un empire dont il ne contrôle pas parfaitement la deuxième composante, l’Etat de Bobo-Dioulasso placé sous l’autorité de Fama-ghan; une cour royale où il fait bon vivre et où affluent riches marchands et princes étrangers; enfin une cour où ne se posent pas encore de querelles de succession.

Sources et Documentation : Mémorial de la Côte d’Ivoire