L’histoire de la royauté en pays Abbey: le roi M’Bassidjé Eddo Yavo François (1895-1971)

M'Bassidjé Eddo François fut le roi des Abés, en Côte d'Ivoire de 1944 à 1971. Il est né à Grand-Yapo en 1895 et décédé à Agboville en 1971. Il régna pendant vingt sept ans. Mais auparavant il assuma l'intérim du pouvoir lors de l indisponibilité de son prédécesseur atteint de cécité durant quatre ans ( 1940-1944 ) en tant que premier des notables.

Biographie

Né Eddo Yavo François, il prit par la suite pour nom de règne M’Bassidjé en souvenir du surnom affectueux de chef « Nimbachidjé » qu’on lui attribua et qui signifie en langue abbey : « petit père de Nimba ». Nimba étant le prénom de son frère aîné Eddo Nimba. Son grand père se nommait Eddo Eddo, son père Eddo Yavo et sa mère Boka Chionon de la descendance du roi Edikeu Edi, redoutable chef guerrier à l’époque précoloniale dont une partie de la famille s’est installée à Grand-Morié. L’ ancêtre Eddo Séka et sa cour se sont étendus jusqu’à Odoguié (Eddoguié) en Côte d’Ivoire.

A la suite du roi Nanan Obodji Soboa dont il fut le collaborateur et premier conseiller, M’Bassidjé Eddo François fut investi par les notables comme le nouveau roi des Abés en 1944. Ses collaborateurs immédiats ou conseillers à la cour étaient Nanan Assamoi Say de Arraguié le sage des sages, Nanan Animbo Apkosso de Gouabo (père de la première femme Abé sage femme Mme Apkosso Maria), Nanan Doffou Amonhiessè d’Offoriguié, Nanan Achy Pierre Marie dit Achiketa de Yadio, Nanan Gbagba Alexandre d’Ery-makouguié et de Nanan Bouah Soboa de Loviguié chef des missions. Sa bravoure, son courage et surtout ses grandes qualités de cœur ont fait de lui un chef exceptionnel. En signe d’amitié pour son ami et aîné le Roi Nanan Soboa, il nomma l’un de ses fils aînés du même prénom Obodji, digne héritier de la lignée.

Le Roi Nanan M’Bassidjé Eddo François séjourna plusieurs fois en France. Il se rendit également en pèlerinage à Rome en 1950 où il rencontra le Pape Pie XII.

Le syndicat agricole africain ( SAA, ancêtre du RDA puis du PDCI-RDA ) a vu le jour dans l’Agnéby sous son règne en 1944 dont il fut l’un des piliers surtout financier pour la simple raison qu’il était le plus grand planteur de la région.

Dans les grands moments de crise que traversa le PDCI-RDA dans son combat contre le colonisateur avant les indépendances, il protégea à plusieurs reprises Félix Houphouët-Boigny. C’est lui qui également a accueilli favorablement Gabriel Dadié dans la région d’Agboville alors si prospère. Membre de la première heure du PDCI-RDA avec pour carte d’adhérant n° 11920 du 13 août 1947.

On peut donc dire à juste titre et sans prétention que la lutte pour l indépendance de la Côte d ivoire a commencé dans le pays abbey avec la naissance du Syndicat Agricole Africain. En 1910 les abbeys se sont déjà farouchement opposés aux colons lors de la construction du chemin de fer où on leur imposait des travaux forcés. L Agneby et son chef lieu Agboville méritent mieux en matière de développement au vu des hauts faits historiques relatés ici… Les abbeys, la région de l Agneby et Agboville ont beaucoup donné à la mère patrie la Côte d Ivoire. En retour ils ont très peu reçu… Espérons que cette injustice sera réparée un jour !

Il fut trahi en 1964 dans l affaire des « faux complots » par Houphouët qui fit arrêter et assassiner dans les geôles d’Assabou à Yamoussoukro, Ernest Boka digne fils de l’Agneby et premier Président de la Cour suprême de la Côte d’Ivoire et plusieurs fois ministre de la République. Cet éminent juriste et également polyglotte ayant un sens élevé de la justice et de l Etat de Droit réfusait simplement l arbitraire et la forfaiture. Il est un martyr de la liberté tombé aux champs d honneur pour la dignité de l homme et la libération de l Afrique. Après ce crime crapuleux Houphouët n a plus osé revenir à Agboville jusqu’à sa disparition en 1993, la ville qui a fait de lui le « chef » de toute la Côte d Ivoire pendant des décennies.

Pendant la deuxième guerre mondiale le roi répondit à l’Appel du général de Gaulle en adhérant à la France Libre. Il fut décoré de la Croix de la Libération en signe de reconnaissance.

Sa Majesté Nanan M’Bassidjé Eddo François était un homme de grande valeur et très généreux. Il dépensait sans compter à la fois pour ses propres enfants, petits enfants, les membres de sa famille élargie et surtout pour les plus démunis sans exception… Les étrangers de la sous région ou d’ailleurs etaient les bienvenus à Agboville. Sa grande cour était remplie d’enfants orphelins qu il a tous scolarisés pour leur bonheur. Il défendait aussi les intérêts de son peuple.

Houphouët-Boigny a mangé et dormi dans sa cour royale à plusieurs reprises, également Gabriel Dadié, Auguste Denise, Alphonse Boni, Joseph Anoma, El Hadji Mamadou Coulibaly. Le Ministre de la France d’Outre-Mer Pierre Pflimlin en visite en 1952 à Agboville qui deviendra plus tard Président du Conseil européen lui a rendu visite. »A cette occasion, son nom est transformé en un prénom au printemps 1952. Pierre Pflimlin, 45 ans, alors ministre de la France d’outre-mer, était en visite en Côte-d’Ivoire le jour où une citoyenne de ce pays, Mme François Eddo M’Bassidjé, donnait naissance à des jumeaux. Impressionnés par cette coïncidence en ce jour faste, les parents décidèrent d’appeler « Maxime-Pflimlin » un de leurs bébés, qui fut aussitôt porté sur les fonts baptismaux… » [ Dernières Nouvelles d’Alsace,1952]. C est ce valeureux fils qui vit aujourd’hui dans la cour familiale.

Les gouverneurs français avant l’indépendance sont venus dans cette cour royale. Le Président Henri Konan Bédié a déposé une gerbe au nom de la République pour honorer sa mémoire en tant que grand serviteur de la Nation ivoirienne lors de sa visite d’État en 1997 à Agboville. Le Ministre Ernest Boka était chez lui en famille.

Homme de grande sagesse il était aussi une mine de connaissances pour l’histoire traditionnelle et respecté par ses compatriotes et des nombreux étrangers qui vinrent s’installer à Agboville : (Libanais, Sénégalais, Maliens, Voltaïques…) et qui sont venus nombreux lui rendre un dernier hommage lors de ses funérailles dans la cour royale où se trouve aujourd’hui son mausolée.

Récompenses

Chevalier de la Légion d’honneur français
Officier du Mérite philanthropique français et d’Outre-Mer
Officier de l’Ordre de l’Étoile noire du Bénin
Officier d’œuvre Humanitaire
Officier du Mérite Agricole de Côte d’Ivoire

Pr Edmond Bassidjé

Notes et références
« Dernières Nouvelles d’Alsace » [archive], sur w3.dna.fr
Traditons orales auprès des Anciens et Chefs Notables Abbeys Civ
Samba Diarra, Les faux complots d Houphouët Boigny, Fracture dans le destin d une nation. Éditions Karthala, Paris 1997
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